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Algèbre linéaire et géométrie vectorielle

Section 4.1 Sous-espaces vectoriels de \(\R^n\text{.}\)

Le théorème 1.1.24 dit que les combinaisons linéaires de vecteurs de \(\R^n\) se « comportent bien » en ce sens que les règles usuelles de calcul tiennent. De ce fait, on dit que \(\R^n\) est un espace vectoriel. D’ailleurs, ces propriétés sont tellement fondamentales qu’elles servent pour faire la définition des espaces vectoriels un peu plus abstraits.
Dans les chapitres précédents, on a considéré des ensembles de vecteurs de la forme \(\gen{\vu_1, \ldots, \vu_k}\) et introduit la notion d’indépendance linéaire d’une famille de vecteurs.
On a notamment vu que des ensembles comme \(\gen{\vu}\) ou \(\gen{\vu, \vv}\) sont une droite ou un plan. Ces deux types d’ensembles, à saveur très géométrique, ont la caractéristique commune d’être stables par combinaisons linéaires. Dans cette section on étudie de façon systématique ces ensembles.

Sous-section Sous-espaces vectoriels de \(\R^n\)

Le premier résultat est une généralisation de la remarque faite en début de section.
On dit qu’un ensemble \(\plan{V}\) de vecteurs est stable pour combinaison linéaire si toute combinaison linéaire d’éléments de \(\plan{V}\) est à son tour un élément de \(\plan{V}\text{.}\) Ceci revient à dire que si \(\vu,\vv\in \plan{V}\) et \(\a,\be \in \R\text{,}\) alors \(\a\vu + \be\vv \in \plan{V}\text{.}\)

Démonstration.

Soient \(\vx,\vy \in\gen{\plan{F}}\text{,}\) et \(\a,\be \in \R\text{.}\) Ainsi, il existe des scalaires \(c_1,\ldots, c_k,d_1, \ldots d_k\) tels que \(\vx = c_1\vv_1 + \cdots c_k \vv_k \) et \(\vy = d_1 \vv_1 + \cdots + d_k\vv_k.\) On a alors
\begin{align*} \a \vx + \be\vy \amp = \a \left(c_1\vv_1 + \cdots c_k \vv_k \right) + \be \left( d_1 \vv_1 + \cdots + d_k\vv_k\right) \\ \amp = \left(\a c_1 + \be d_1\right)\vv_1 + \cdots + \left(\a c_k + \be d_k\right)\vv_k \end{align*}
qui est une combinaison linéaire des éléments de \(\plan{F}\text{.}\)
La propriété considérée est suffisamment importante pour que les ensembles qui la possèdent aient un nom particulier.

Définition 4.1.2.

Un sous-ensemble non vide de \(\R^n\) est dit être un sous-espace vectoriel de \(\R^n\) s’il est stable pour les combinaisons linéaires, autrement dit, si
\begin{equation*} \vu, \vv \in \plan{E} \text{ et } \a, \be \in \R \Rightarrow \a\vu + \be\vv \in \plan{E}. \end{equation*}

Remarque 4.1.3.

La définition d’un sous-espace vectoriel qui a été donnée est pour ainsi dire condensée. Elle met l’accent sur les combinaisons linéaires. Il est fréquent de rencontrer une définition équivalente un peu différente: un ensemble non vide \(\plan{E}\) de \(\R^n\) est un sous-espace si et seulement si
  • \(\vu + \vv \in \plan{E}\) lorsque \(\vu, \vv \in \plan{E}\)
  • \(\a \vu \in \plan{E}\) lorsque \(\vu \in \plan{E}, \a \in \R\text{.}\)

Exemple 4.1.4.

  1. La proposition 4.1.1 montre que tout ensemble de la forme \(\gen{\plan{F}}\) est un sous-espace vectoriel de \(\R^n\text{.}\)
  2. Étant donné que \(\R^n = \gen{\R^n}\text{,}\) on a bien que \(\R^n\) est un sous-espace vectoriel de \(\R^n\text{.}\) De la même façon, puisque \(\{\vZero\} = \gen{\vZero}\text{,}\) on a que \(\{\vZero\}\) est un autre sous-espace vectoriel (pas très intéressant) de \(\R^n\text{.}\)

Exemple 4.1.5.

Soit \(\vn\in \R^n\) un vecteur non nul. Alors l’ensemble \(\plan{V}\) des vecteurs de \(\R^n\) qui sont orthogonaux à \(\vn\) est un sous-espace vectoriel de \(\R^n\text{.}\)
En effet, comme \(\vZero \cdot \vn = 0\text{,}\) l’ensemble \(\plan{V}\) est non vide.
Par ailleurs, si \(\vu, \vv \in \plan{V}\) et \(\a,\be\in \R\) alors
\begin{align} \amp (\a \vu + \be \vv) \cdot \vn = \a (\vu \cdot \vn) + \be (\vv \cdot \vn) = 0 \tag{4.1.1} \end{align}
ce qui montre que \(\a \vu + \be \vv\) appartient à \(\plan{V}\text{.}\)
Si, dans la situation de l’exemple précédent \(\vn \in \R^2\) alors l’ensemble \(\plan{V}\) dont il est question est une droite passant par l’origine (dont \(\vn\) est un vecteur normal), tandis que si \(\vn \in \R^3\text{,}\) alors \(\plan{V}\) est un plan passant par l’origine (ayant \(\vn\) comme vecteur normal).
Voyons maintenant quelques exemples d’ensembles qui ne sont pas des sous-espaces vectoriels de \(\R^n\text{.}\)

Exemple 4.1.6.

  1. Dans \(\R^2\text{,}\) l’ensemble des vecteurs dont une des deux composantes est nulle, n’est pas un sous-espace vectoriel.
    En effet, \(\vx= \rvd{1}{0}\) et \(\vy = \rvd{0}{2}\) font partie de cet ensemble, mais leur somme \(\vx + \vy = \rvd{1}{2}\) n’en fait pas partie.
  2. Dans \(\R^2\) l’ensemble des vecteurs \(\vx = \rvd{x_1}{x_2}\) tels que \(x_1 + 2x_2 \geqslant 1\) n’est pas un sous-espace vectoriel.
    En effet, \(\vx = \rvd{1}{2}\) fait partie de cet ensemble, mais \(-\vx = \rvd{-1}{-2}\) n’en fait pas partie.
  3. Dans \(\R^3\text{,}\) l’ensemble des vecteurs \(\vx \) tels que \(\nrm{\vx} = 1\) n’est pas un sous-espace vectoriel.
    En effet, \(\rvt{1}{0}{0}\) fait partie de l’ensemble en question, mais \(2\rvt{1}{0}{0}\) n’en fait pas.
  4. Dans \(\R^n\) un ensemble formé par un seul vecteur non nul n’est jamais un sous-espace vectoriel.
    En effet, si \(\vu\) appartient à un sous-espace vectoriel de \(\R^n\text{,}\) alors il en va de même pour tout vecteur de la forme \(t\vu\text{.}\)

À vous de jouer 4.1.7.

Soit \(V = \mathbb{R}^3\) et soit \(H\) le sous-ensemble de \(V\) formé de tous les points du plan \(5 x - 7 y + 2 z = 0\text{.}\) Le sous-ensemble \(H\) est-il un sous-espace vectoriel de \(V\) ?
1. \(H\) contient-il le vecteur nul de \(V\) ?
2. \(H\) est-il fermé pour l’addition ? Si oui, entrez FERMÉ. Sinon, entrez deux vecteurs de \(H\) dont la somme n’appartient pas à \(H\text{,}\) sous forme d’une liste séparée par des virgules, en utilisant une syntaxe du type <1,2,3>, <4,5,6>.
3. \(H\) est-il fermé pour la multiplication par un scalaire ? Si oui, entrez FERMÉ. Sinon, entrez un scalaire de \(\mathbb{R}\) et un vecteur de \(H\) dont le produit n’appartient pas à \(H\text{,}\) sous forme d’une liste séparée par des virgules, en utilisant une syntaxe du type 2, <3,4,5>.
4. \(H\) est-il un sous-espace vectoriel de \(V\) ? Vous devriez pouvoir justifier votre réponse en rédigeant une preuve complète, cohérente et détaillée, en vous appuyant sur vos réponses aux questions 1 à 3.
Réponse 1.
\(\text{H contient le vecteur nul de V}\)
Réponse 2.
\({\text{FERMÉ}}\)
Réponse 3.
\({\text{FERMÉ}}\)
Réponse 4.
\(\text{H est un sous-espace de V}\)

À vous de jouer 4.1.8.

Soit \(H\) l’ensemble de tous les points du troisième quadrant dans le plan \(V = \mathbb{R}^2\text{.}\) Autrement dit, \(H = \lbrace (x,y) \mid x \leq 0, y \leq 0 \rbrace\text{.}\) Le sous-ensemble \(H\) est-il un sous-espace vectoriel de \(V\) ?
1. \(H\) est-il non vide ?
2. \(H\) est-il fermé pour l’addition ? Si oui, entrez FERMÉ. Sinon, entrez deux vecteurs de \(H\) dont la somme n’appartient pas à \(H\text{,}\) sous forme d’une liste séparée par des virgules, en utilisant une syntaxe du type <1,2>, <3,4>.
3. \(H\) est-il fermé pour la multiplication par un scalaire ? Si oui, entrez FERMÉ. Sinon, entrez un scalaire de \(\mathbb{R}\) et un vecteur de \(H\) dont le produit n’appartient pas à \(H\text{,}\) sous forme d’une liste séparée par des virgules, en utilisant une syntaxe du type 2, <3,4>.
4. \(H\) est-il un sous-espace vectoriel de \(V\) ? Vous devriez pouvoir justifier votre réponse en rédigeant une preuve complète, cohérente et détaillée, en vous appuyant sur vos réponses aux questions 1 à 3.
Réponse 1.
\({\verb!H n'est pas vide!}\)
Réponse 2.
\({\text{FERMÉ}}\)
Réponse 3.
\(-1, \left<-1,-1\right>\)
Réponse 4.
\({\verb!H n'est pas un sous-espace de V!}\)

Démonstration.

Ceci peut être établi d’au moins deux façons.
  • Si \(\vu\in \plan{E}\text{,}\) alors \(-\vu\) est également un élément de \(\plan{E}\text{,}\) et donc \(\vu + (-\vu) = \vZero\) l’est également.
  • Si \(\vu\in \plan{E}\text{,}\) alors \(\vZero = 0 \vu \in \plan{E}\text{.}\)
Une conséquence immédiate est la suivante.

Sous-section Sous-espaces associés aux matrices

On présente ici trois exemples génériques de sous-espaces vectoriels associés à une matrice.

Définition 4.1.12.

Étant donnée \(A \in \mmn{m}{n}\text{,}\) le noyau de \(A\) est le sous-espace vectoriel de \(\R^n\) \(\ker{A} = \{\vx \in \R^n\, \text{tel que }\, A\vx = \vZero\}\text{.}\)

Remarque 4.1.13.

  1. L’ensemble \(\ker{A}\) est aussi appelé l’espace nul de \(A\).
  2. L’ensemble \(\ker{A}\) n’est nul autre que l’ensemble de solutions du système linéaire homogène associé à la matrice \(A\text{,}\) qui correspond aux relations de dépendance linéaire entre les colonnes de \(A\text{.}\)
On a vu que les espaces engendrés par une famille de vecteurs sont des sous-espaces vectoriels. Ceci fournit au moins un autre sous-espace vectoriel associé à une matrice.

Définition 4.1.14.

Soit \(A\in \mmn{m}{n}\) une matrice donnée. Son espace colonne, noté \(\col{A}\text{,}\) est le sous-espace de \(\R^m\) engendré par ses vecteurs colonnes. Si les colonnes de \(A\) sont les vecteurs \(\va_1, \ldots, \va_n\) de \(\R^m\text{,}\) alors \(\col{A} = \gen{\va_1,\ldots, \va_n}\text{.}\)

Exemple 4.1.15.

Soit \(A = \mtd{1}{-1}{0}{1}{3}{-3}\text{.}\) Déterminer si:
  1. \(\Rvt{1}{2}{3}\) appartient à \(\col{A}\text{.}\)
  2. \(\Rvd{6}{7}\) appartient à \(\ker{A}\)
Solution.
Il s’agit d’appliquer les définitions, et faire un brin de calculs.
  1. Le vecteur \(\rvt{1}{2}{3}\) appartient à \(\col{A}\) si et seulement s’il est une combinaison linéaire des colonnes de \(A\text{.}\) Ceci mène à étudier l’existence de solutions à un système d’équations, dont la matrice augmentée et sa réduction sont les suivantes:
    \begin{equation*} \left[\begin{array}{rr|r}1\amp -1 \amp 1\\ 0\amp 1 \amp 2\\ 3\amp -3 \amp 3\end{array}\right] \xrightarrow{R_3 - 3R_1} \left[\begin{array}{rr|r}1\amp -1 \amp 1\\ 0\amp 1 \amp 2\\ 0\amp 0 \amp 0\end{array}\right] \end{equation*}
    Comme le système est compatible, le vecteur donné est bel et bien un élément de \(\col{A}\text{.}\)
  2. On doit calculer le produit cette fois:
    \begin{equation*} \Mtd{1}{-1}{0}{1}{3}{-3}\Rvd{6}{7} = \left[ \begin{array}{r}-1\\ 7 \\ -3\end{array}\right] \neq \vZero \end{equation*}
    de sorte que le vecteur donné n’appartient pas à \(\ker{A}\text{.}\)